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Quatre figures  dominent ici le spectateur  : poupées sans tête ni jambes, pin- up désincarnées, chrysalides abandonnées…? Sculptures évidemment.
Gloria Massana semble pour un temps,  avoir renoncé à la violence de ses précédentes œuvres -rouge sang, noir intense- pour de plus douces apparences. Mais ne nous y fions pas.
Ainsi la dentelle précieuse et légère du tulle orangé comme la délicatesse de ces membres, des bras et des mains qui s’accrochent, un peu raides, à ce qu’il faudrait pouvoir nommer, à la lettre, le «  corps du texte  ». Il s’agirait là d’une sorte de vêtement, une robe plutôt.
Le résultat de ces matières superposées, cousues et recousues, griffées, graphées donne un rouge puissant, maintenant nuancé par le ton rompu des orangés traversés de lumière.
Le tout est d’une étrange familiarité  : voilà quelque chose, presque quelqu’un…
Poupées, pantins, mues, sculptures, les frontières se troublent. Car ce qui se joue sous nos yeux est tout sauf innocent.  Sous d’apparentes joliesses, en effet, dans l’évidence du vide, l’artiste confronte le spectateur à sa possible vacuité, au néant, l’air de rien.
Un peu comme autrefois ces très beaux coquillages vides, rares et chers parce que lointains, exposés «  crânement  » dans les cabinets de curiosité, engageaient à méditer sur les fins dernières.

Sabine Barbé, historienne de l’art.
Paris-septembre 2014